"Jésus parlait à ses disciples de sa venue :
"Veillez, vous ne savez pas quand


" Alors il en sera du Royaume des cieux comme de dix jeunes filles
qui prirent leurs lampes et sortirent à la rencontre de l'époux.
Cinq d'entre elles étaient insensées et cinq étaient avisées.
En prenant leurs lampes, les filles insensées n'avaient pas emporté d'huile;
les filles avisées, elles, avaient pris, avec leurs lampes, de l'huile dans des fioles.
Comme l'époux tardait, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent.
Ce paragraphe décrit bien ce qui se passe dans la vie de tous les jours : certains savent s’organiser et prévoir, d’autres vivent au jour le jour … il y a du bon et du moins bon dans les deux attitudes, à condition toutefois, que les motivations profondes soient claires. Est-ce que j’imite la cigale et la fourmi, ou bien, suis-je dans cette confiance, cet abandon de l’enfant qui s’en remet, non à ses semblables, pour en profiter, le moment venu, mais à SON PERE des cieux parce que ses soucis, ses centres d’intérêt, sont les miens, à savoir : ceux du Royaume ?
" Au milieu de la nuit, un cri retentit :
"Voici l'époux ! Sortez à sa rencontre. "
Nous imaginons assez facilement la scène ! Le temps de réaliser et tout ce petit monde est sur pieds ! Un ultime regard est donné à la tenue, et hop ! Chacune prend sa lampe pour ne pas « trébucher » et risquer une inconvenance de dernier instant ! C’est oublier l’ESSENTIEL ! L’HUILE de l’Amour qui garde le cœur en éveil !
« Je dors mais mon cœur veille. C'est la, voix de mon bien-aimé! Il frappe: " Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe, (Cantique 5)»
Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et apprêtèrent leurs lampes.
" Les insensées dirent aux avisées: 
"Donnez-nous de votre huile,
car nos lampes s'éteignent. "
" Les avisées répondirent:
"Certes pas, il n'y en aurait pas assez
pour nous et pour vous !
Allez plutôt chez les marchands
et achetez-en pour vous. "
La scène est douloureuse, nous avons franchement envie de prendre le parti des insensées et d’accuser les avisées d’égoïsme et de bien d’autres maux !
Si nous réfléchissons sagement, en imposant le silence à nos émotions, nous aurons vite fait de reconnaître l’erreur de notre calcul ! A partager l’huile, ne risquent-elles pas de rester dehors elles aussi ? C’est un peu ce qui arrive à un aveugle qui conduit un autre aveugle : les deux tombent dans le même trou ! La remarque des avisées est plutôt sage, il y aura au moins quelques personnes pour ACCUEILLIR l’Époux, les autres devront simplement s’excuser de leur retard et prendront alors la mesure de leurs inconséquences ! Ce n’est pas l’Époux qui juge, ce sont les demoiselles d’honneur, imprévoyantes, qui, si elles sont honnêtes, reconnaîtront leur légèreté et assumeront leur responsabilité dans cette situation.
Pendant qu'elles allaient en acheter, l'époux arriva ;
celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui
dans la salle des noces, et l'on ferma la porte.
" Finalement, arrivent à leur tour, les autres jeunes filles, qui disent :
"Seigneur, Seigneur, ouvre-nous! "
" Mais il répondit :
"En vérité, je vous le déclare, je ne vous connais pas. "
Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure !
Ce dernier verset est, sans nul doute, « la clef » de cette Parabole !
Qu’est-ce à dire ?
VEILLEZ, n’est-ce pas désirer de tout son être ? Et donc attendre, en prenant les moyens de l’ATTENTE ?
« La mesure de tout Amour est une Attente sans mesure. Qui attend est, sans le savoir, infiniment proche, pourvu cependant, que son attente ne se relâche pas » écrit Paul Baudiquey.
VEILLEZ ? N’est-ce pas apprendre à aimer chaque jour, à chaque instant du jour, pour habiller son cœur, comme la rose du Petit Prince de St Exupéry ? N’est-ce pas se laisser dépouiller de soi pour s’habiller de l’Autre ?
« Je suis devenu toi, (Incarnation) tu es devenu Moi (Dieu modèle sa poterie si elle s’abandonne entre ses mains !)! »
Veiller, dans quel but ? Pourquoi ?
« Vous ne savez ni le jour, ni l’heure » de la RENCONTRE !
LA RENCONTRE ! cet instant inconcevable pour nous, humains, où nous serons en présence de la beauté infinie, de la bonté infinie, de l’amour infini ! BEAUTE, BONTE, AMOUR qui nous éblouiront au point de nous faire prendre conscience, sans un mot, de nos manques ! Ce qui faisait dire à St Augustin :
« Bien tard, je t'ai aimée, ô Beauté si ancienne et si neuve, bien tard, je t'ai aimée! »
Restons, comme nous le dit Jésus, en tenue de service, afin d’être toujours prêts pour accueillir l’Epoux quand Il nous appellera !
Et l’image qui s’impose à moi, encore et toujours, c’est celle de ce jeune prêtre de 90 ans en janvier prochain, toujours au service des deux Tables : Parole et Eucharistie et au service du frère qui appelle !
Heureux d’être et de demeurer debout, au service de l’AMOUR QUI EST DIEU MÊME !
L'Ermite
SERA VOTRE SERVITEUR.
Matthieu 23, 1-12
Alors Jésus s'adressa aux foules et à ses disciples :
" Les scribes et les Pharisiens siègent dans la chaire de Moïse:
faites donc et observez tout ce qu'ils peuvent vous dire,
mais ne vous réglez pas sur leurs actes, car ils disent et ne font pas.
Ils lient de pesants fardeaux et les mettent sur les épaules des hommes,
alors qu'eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt
Toutes leurs actions,
ils les font pour se faire remarquer des hommes.
Ils élargissent leurs phylactères et allongent leurs franges.
Ils aiment à occuper les premières places dans les dîners
et les premiers sièges dans les synagogues,
" à être salués sur les places publiques et à s'entendre appeler
"Maître " par les hommes. "
" Pour vous, ne vous faites pas appeler "Maître ", car
vous n'avez qu'un seul Maître et vous êtes tous frères. "
" N'appelez personne sur la terre votre "Père ", car
vous n'en avez qu'un seul, le Père céleste. "
" Ne vous faites pas non plus appeler "Docteurs ", car
vous n'avez qu'un seul Docteur, le Christ. "
J’écris en italique les membres de versets qui m’apparaissent appeler une attention bien précise de la part de chacun d’entre nous. Chacun pourra, et saura, se poser les bonnes questions qui l’éclaireront sur le sérieux de son engagement évangélique. Je choisis de concentrer mon attention sur le seul verset qui suit et que je me permets de placer en exergue pour capter notre attention :
« Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. »
Jésus m’apparaît comme le Maître des paradoxes : qui oserait penser, dire et affirmer :
« le plus grand sera votre serviteur » !
Est-ce notre façon de considérer les situations ? De manière courante offrons-nous, vraiment, toute notre attention à celui, celle qui sert ? Le percevons-nous comme celui, celle qui est le plus grand ? Vers qui vont d’abord, nos « courbettes », nos salutations, nos sourires … de qui cherchons-nous à capter l’attention ? Qui recherchons-nous dans nos relations ? Celui qui sert ou celui qui est servi ?
Il y a quelques années, un chant de catéchèse disait de, et à Jésus :
« Tu fais tout à l’envers »
Suivait un rappel des actes de Jésus qui révélaient, effectivement, une manière de penser et d’agir à l’opposée de nos comportements habituels !
Les valeurs évangéliques sont à mille milles de notre échelle de valeurs courante ! Nous avons une culture de la performance,de la compétition, du plus, du meilleur, mais tout cela, selon nos critères bassement humains ! Jésus, Lui, nous invite à regarder « non ce qui se voit » mais ce qui est caché, petit, simple, vrai ! Le :
« on ne voit bien qu’avec le cœur »
du petit Prince.
Jésus ne remet pas en question l’autorité, mais la façon de l’exercer ! Jésus ne remet pas en cause la hiérarchie, mais la manière dont elle peut se situer ! etc.
Deux témoignages vraiment très forts, de mon parcours, illustrent particulièrement bien cet appel de Jésus :
J’ai été touchée, au plus profond de mon être, un certain Jeudi Saint, en Afrique. Le célébrant, un prêtre espagnol, en mission dans notre paroisse, avait réfléchi, avec les chrétiens, au sens du Lavement des pieds, pour arriver à découvrir, que quelle que soit notre position sociale, si nous vivons l’Évangile, et même au seul plan humain d’ailleurs, chacun, est d’une certaine façon, « serviteur » de son frère .
C’est ainsi, qu’au moment du « lavement des pieds, nous avons « contemplé » l’inattendu, à savoir :
Un enseignant lavant les pieds de son élève et immédiatement après, l’élève lavant les pieds de l’enseignant ! Le chef des pompiers, lavant les pieds d’un subalterne et ce dernier, lavant les pieds de son chef, puis ce fut le tour du Curé et de son vicaire, d’un commissaire et d’un repris de justice et inversement, d’un époux et de son épouse, d’un père et
de son fils et ainsi de suite soit douze ,multiplié par deux ! Un tel geste ne s’oublie pas, il manifeste, clairement quel esprit doit nous animer!
L’autre illustration remonte à mes 22/23 ans : j’étais épuisée par une succession de camps de jeunes dont le dernier à vélo; mes rotules ne fonctionnaient plus, j’avais été au-delà de mes possibilités physiques. Dans la foulée, j’avais rendez-vous avec mon accompagnateur et confesseur à qui j’ai partagé ma difficulté de me mettre à genoux, or, c’était encore l’époque des « confessionnaux armoire ». J’étais seule ! J’ai fait l’expérience inouïe, inoubliable surtout, d’un Dieu Serviteur dans son ministre du sacrement, se mettant à genoux, à la place du pénitent, pour recevoir ma confession tandis qu’il m’avait installée, assise, à sa place, dans le confessionnal !
Des expériences du genre marquent pour la vie !
N’avons-nous pas plus bouleversant encore, quand le Jeudi Saint, le Christ Lui-même, le Seigneur et le Maître, quitte la table, revêt le tablier de service, s’agenouille au pied de chacun des apôtres – c’est trop fort, Pierre contexte ! mais s’il refuse, il n’aura pas de part avec l’Amour incarné – et se met à leur laver les pieds ?
Par ailleurs, l’Église ne définit-elle pas le Saint Père comme "SERVITEUR DES SERVITEURS "? Ce sont nos comportements qui le tiennent à distance !
Quiconque s'élèvera sera abaissé,
et quiconque s'abaissera sera élevé.
Sœur, frère, devenons serviteurs !
L'Ermite